Un principe capital de la non-violence

Mais les partisans bien au chaud dans leur salon n’ont pas épuisé leurs arguments : « Pour combattre, il faut être en vie ; pour agir, il faut ne pas se faire emprisonner ; pour remporter la victoire, il faut savoir opérer des replis stratégiques ». Je le sais. Etant établi qu’on ne peut combattre efficacement sans l’appui d’une partie non négligeable de la population ; que cette partie n’existe pas parce que l’immense majorité de mes concitoyens est noyée dans les délices de la décadence consommatoire, je ne crois plus à l’efficacité immédiate de l’insurrection ouverte. Cette insurrection sera possible dans les conditions d’une crise économique que, évidemment aucun combattant de la vérité ne saurait par lui-même aujourd’hui provoquer. Mais cela ne remet pas en cause la nécessité de mener un combat frontal, global et sans concession. Car il faudra bien qu’un noyau convaincu et structuré soit prêt pour le combat direct quand les circonstances économiques le rendront possible. Or, comme l’a dit (ou l’aurait dit) Che Guevara : « La révolution, c’est comme une bicyclette : si elle n’avance pas, elle tombe ». Si aujourd’hui, on adopte une position de repli sur soi, le petit noyau qui existe encore s’étiolera et, dans dix ans, il aura disparu. Pour qu’il vive, on doit lui apporter sans cesse du sang neuf, sans quoi il étouffera. Tel est d’ailleurs l’objectif premier de la loi Gayssot : faire régner un climat de terreur pour que les derniers rebelles se terrent chez eux et qu’ansi, leur lignée s’éteigne. A Saverne, un avocat des parties civiles l’a confirmé lorsqu’il a déclaré que même si la prison n’aurait aucun effet sur moi, il fallait tout de même m’y condamner « pour faire un exemple ». Voilà pourquoi, loin de rester en cercle fermé nous devons au contraire poursuivre notre oeuvre – dangereuse – d’apostolat, afin d’éveiller la conscience d’un maximum de citoyens, même si ce « maximum » reste dérisoire. L. del Vasto a écrit  que face à une loi immorale ou un gouvernement illégitime – et aujourd’hui, nous avons les deux – il n’y a pas le choix : la « désobéissance civile » […] est non seulement licite, mais devient un devoir et le « bris de la Loi » doit être fait avec éclat de façon démonstrative, audacieuse, dangereuse pour le protestataire, afin que la conscience publique s’éveille et finalement celle des pouvoirs publics. C’est un des recours les plus efficaces de la non-violence révolutionnaire*.

*Voy. L. del Vasto, Pages d’enseignement (éd. du Rocher, 1993)p.221

(Vincent Reynouard,  in Sans Concession N°35 « On continue! » pp.9-10, décembre 2007)

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