Un politologue réclame l’abrogation de la loi Gayssot

Dans l’article « Une radio a osé parler de l’incarcération de Vincent Reynouard! » nous avions écrit qu’aucun média n’avait fait état de cette incarcération. Nous nous trompions : Les 4 Vérités, hebdomadaire qui se propose de diffuser « l’actualité Française vue de droite libérale« , a publié le 25 août un article signé de le politologue Guillaume de Thieulloy, maître de conférences à Sciences Po. Dans cet article, qui a pour titre « Il faut abroger la loi Gayssot », l’auteur se prononce vigoureusement contre cette loi qui a permis l’emprisonnement de Vincent.

Le 19 août dernier, Vincent Reynouard a été extradé de la Belgique vers la France, pour contestation de crime contre l’humanité. Je ne connais cette personne que par ce qu’en ont dit les médias, à savoir qu’il était un « révisionniste », c’est-à-dire une personne contestant tout ou partie des crimes commis par le IIIe Reich et notamment minimisant le drame du génocide juif.

Personnellement, je ne vois qu’une comptabilité morbide dans la contestation du nombre de victimes ou la méthode de leur assassinat. N’y eût-il qu’un million de Juifs exterminés, et fusillés plutôt que gazés, que le drame ne m’en paraîtrait pas moins tragique… et tristement révélateur de la capacité meurtrière de l’homme.

Mais je conçois sans peine que la vérité historique nécessite de critiquer telle donnée, naguère reçue communément. C’est ainsi que la science avance. Je trouve donc extrêmement suspect que le terme même de « révisionniste » soit une insulte – sinon un chef d’inculpation.

Je ne comprends pas comment un pays civilisé peut s’accommoder d’une loi comme la loi Gayssot, interdisant de contester la version de l’histoire écrite par les vainqueurs. Car, enfin, le tribunal de Nuremberg était une justice de vainqueurs… et largement influencée par les staliniens, dont l’objectivité n’a jamais été la vertu dominante !

N’étant pas historien, et surtout pas historien de cette période, je n’ai aucune compétence pour apprécier les dires de Vincent Reynouard ou d’autres révisionnistes. Mais je ne crois pas que le parlement français, fût-il majoritairement socialo-communiste comme à l’époque du vote de la loi Gayssot, soit beaucoup plus compétent que moi en la matière.

Je lui conteste même radicalement tout pouvoir en matière de vérité. Comment une majorité pourrait-elle fonder une vérité ?

Il est donc urgent d’abroger la loi Gayssot. Que le parlement émette une motion d’hommage à des victimes, soit. Qu’il prétende fixer – et même figer – la vérité historique, voilà qui dépasse l’entendement. Plus extravagant encore, la Cour européenne des droits de l’homme ne juge pas que cette loi Gayssot contrevient, de façon flagrante, à l’un des « droits de l’homme » les plus fondamentaux : la liberté d’expression.

Bref, un pouvoir qui souhaiterait une véritable « rupture » devrait, à mon avis, s’engager à abroger cette loi.

À ce stade, un lecteur pourrait me demander ce que je pense personnellement de la période 1939-1945.

Je ne suis pas certain qu’il soit intéressant d’additionner ainsi les « opinions » sur des faits historiques. Soit on est compétent en la matière et on dit ce qui est ; soit on ne l’est pas et l’on se tait. Je suis, je l’ai dit, dans le second cas. Ce n’est pas pour moi que je revendique cette liberté d’expression, n’ayant aucune intention d’en user sur ce point précis.

Cependant, à défaut d’avoir une compétence historique, sur les faits eux-mêmes, on peut avoir une idée de ce que les faits révèlent.

Or, s’il y a un fait majeur, que nul ne contestera, c’est que la législation fait du génocide juif un cas unique de la barbarie humaine.

À certains égards, cette unicité est exacte : le peuple juif n’est pas n’importe quel peuple et, pour nous Occidentaux, il nous rappelle que toute notre civilisation est née de la tension, de l’opposition et de la synthèse plus ou moins réussie entre Athènes et Jérusalem. S’en prendre à nos racines juives était quelque chose comme un suicide de notre civilisation – et il n’est pas insignifiant que ce suicide soit survenu par le fait du peuple allemand, l’un des plus civilisés de l’époque.

En revanche, il y aurait quelque chose de mensonger et de contre-productif à imaginer que les nazis étaient une espèce de barbares sans précédent ni suite dans l’histoire. On sait que cela a permis, pendant des décennies, aux communistes de perpétrer leurs atrocités en toute tranquillité. Il faut rappeler aussi que c’est toute la modernité politique qui est traversée par les massacres de masse, organisés méthodiquement (comme en témoignent les colonnes infernales en Vendée dès la fin du XVIIIe siècle, peu après la proclamation des droits de l’homme).

Au passage, le parlement français ferait peut-être bien de s’intéresser à ses propres génocides avant de regarder ceux des voisins… Mais, surtout, en isolant de la sorte le génocide juif, on oublie que la plupart des exécutants étaient de bons citoyens et de bons pères de famille. Et que tout pouvoir peut ainsi nous conduire – à l’exception de quelques héros – à nous comporter en bêtes sauvages. C’est cela qui est effrayant dans la shoah… et que la loi Gayssot nous empêche de discerner, préparant ainsi la réédition de ce crime !

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Une réponse à “Un politologue réclame l’abrogation de la loi Gayssot

  1. Vous présentez Guillaume de Thieulloy comme un « historien » mais lui-même écrit : « N’étant pas historien, et surtout pas historien de cette période ». Il ajoute qu’un révisionniste est « une personne contestant tout ou partie des crimes commis par le IIIe Reich ». Or un révisionniste ne conteste pas les crimes de guerre commis par les uns et les autres, comme les bolcheviks ou les nazis. Il fait passer la loi Gayssot pour « socialo-communiste ». Il insiste beaucoup (trop) sur le fait qu’il n’est pas compétent. Il écrit : « la législation fait du génocide juif un cas unique de la barbarie humaine. » C’est donc qu’il considère le « génocide juif » comme un fait acquis, même si son unicité est problématique. Mais l’est-elle vraiment ? Il poursuit : « À certains égards, cette unicité est exacte ». C’est donc qu’il considère qu’à certains égards, le GENOCIDE JUIF est UNIQUE. De plus, il ajoute que s’en prendre à NOS RACINES JUIVES était un suicide. Il faut donc croire que notre civilisation est judéo-chrétienne et non helléno-chrétienne. Ensuite, il en remet une couche dans l’anticommunisme. Monsieur Gayssot a bon dos. Merci Fabius.

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