Nouvelles de Vincent Reynouard

Voici des extraits de la dernière lettre de Vincent. Elle date du 25 septembre et ne manque pas de nous étonner, tant elle diffère de la précédente : son sort s’est-il amélioré ou lui est-il conseillé de nous faire savoir que son sort s’est amélioré ?

(…)

Ici, tout va bien. Je ne puis que me féliciter du traitement qu’on me réserve. Je ne suis pas considéré mieux que les autres (sauf que je suis encore seul en cellule) mais tout simplement comme les autres, sans qu’on puisse déplorer un quelconque acharnement contre moi.

Je mesure les étonnantes facultés d’adaptation de l’être humain ; car, après un peu plus d’un mois, je me sens ici « chez moi » : ma cellule est devenue ma chambre, le lit en fer mon lit, les codétenus que je vois à la promenade mes amis (on discute en marchant comme on discuterait à la terrasse d’un café), les horaires mes horaires… Finalement, cette vie me rappelle celle que j’avais quand j’étais étudiant et, s’il n’y avait la séparation de ma famille, cela ne me pèserait plus du tout à présent. J’apprends l’allemand (ma prof par correspondance est très satisfaite de son élève…), je perfectionne mon dessin, j’ai de nombreux correspondants et je lis Platon.

Je remercie une fois de plus tous ceux qui nous aident, Marina et moi, dans ce qui reste tout de même une épreuve. […].

Je félicite également tous ceux qui, à leur échelle, rendent mon incarcération utile à la cause. Le silence persistant des grands médias démontre à quel point le Système a honte. Le 21 septembre, Libération a consacré deux pages entières (pp. 12-13) à Aurélie Boullet, ce cadre au Conseil régional d’Aquitaine suspendue 4 mois sans traitement pour avoir publié un livre critique sur le monde des fonctionnaires. On y trouvait la citation d’un tract syndical de soutien qui soulignait : « La punition infligée est contraire au principe de liberté d’expression. […] Si le devoir de réserve est une jurisprudence, la liberté d’expression est un droit fondamental.« 

Du fond de ma cellule, où je reçois Libé, j’ai ri amèrement en comparant le traitement apporté à cette affaire à celui apporté à la mienne.

Libération aurait pu en profiter pour rappeler que certains avaient une conception très large de la liberté d’expression, comme Noam Chomsky qui venait d’apporter son soutien à une pétition nationale lancée en faveur d’un « négationniste » actuellement emprisonné ici, chez nous, en France. Ça aurait pu être l’occasion d’ouvrir un débat sur les limites exigibles de la liberté de recherche, d’opinion et d’expression. Mais non ! Le quotidien s’est tu… Comme tous les autres.

Pourtant, Paul-Eric Blanrue lui-même – que je félicite chaleureusement – m’a écrit qu’il avait personnellement prévenu plusieurs centaines de journalistes du soutien apporté à sa pétition par N. Chomsky. Dès lors, dans les milieux journalistiques, personne ne peut prétendre à l’ignorance.

Mais la peur et la mauvaise conscience sont telles que, au sein de la grande presse, tout le monde se tait. Un seul a effleuré le sujet : Pierre Assouline, dans Le Monde des livres. Mais la façon dont il l’a traité est très révélatrice : il qualifie le soutien apporté par N. Chomsky de « micropolémique » et lance: « Cherche-t-il les coups en soutenant à nouveau un négationniste néo-nazi dont il ne sait rien, uniquement par opposition de principe à la loi Gayssot ? » Il ne tenait qu’à P. Assouline d’en dire un peu plus sur ce « négationniste néo-nazi », afin d’éclairer ses lecteurs. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait? Parce qu’il aurait dû en premier lieu préciser que cette personne, père de 8 jeunes enfants, était actuellement emprisonnée en France, pour un an, et pour avoir soutenu publiquement les thèses révisionnistes.

Notre journaliste n’est cependant pas idiot. Il sait qu’une telle information choquerait et éveillerait l’intérêt de plus d’un. Car dans nos sociétés avachies vivent encore un certain nombre de gens honnêtes: « Un an de prison pour avoir simplement soutenu une thèse hétérodoxe ? C’est que cette thèse doit être terrible, ou alors… ? » Cet éveil de la curiosité, le Système le redoute comme la peste. Or, il sait parfaitement que mon incarcération peut le provoquer. Voilà pourquoi sa presse n’en souffle mot. Pour la première fois la loi Gayssot menace de se retourner contre ceux qui l’utilisent. « On est allé trop loin… » : ce constat doit hanter nombre de nos adversaires conscients que leur « victoire » judiciaire peut à tout moment se transformer en déroute.

C’est la raison pour laquelle j’encourage et félicite tous ceux qui, à l’extérieur, se servent de mon emprisonnement comme d’un levier. Je me suis sacrifié, imposant un sacrifice encore plus grand à ma famille. J’irai jusqu’au bout. Je ne demanderai aucun aménagement de peine (bracelet électronique, libération anticipée, …). Parce que la Justice et la Vérité sont des idéaux bien supérieurs à la liberté et au confort. Mon sacrifice, utilisez-le ; calmement, pacifiquement, fidèles aux principes de non-violence. Il ne s’agit ni de régler des comptes, ni de semer la haine, mais de dénoncer un mensonge qui a trop duré et qui empoisonne nos sociétés.

(…)

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