Entretien de Paul-Eric Blanrue à la revue Flash

Collaborateur à la revue Historia et auteur d’une dizaine de livres de démystification, l’historien Paul-Éric Blanrue a lancé une pétition le 6 août dernier. Son objectif : l’abrogation de la loi Gayssot et la libération du révisionniste Vincent Reynouard, emprisonné pour un an à la prison de Valenciennes. Cette démarche originale méritait bien un entretien dans Flash.

1° Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la loi Gayssot ?

Une aberration intellectuelle et juridique. Parue dans le Journal officiel du 14 juillet 1990, cette loi est en principe destinée à réprimer les propos racistes et antisémites. En fait, c’est un fourre-tout, dont l’un des articles les plus scélérats punit ceux qui auront contesté l’existence « d’un ou plusieurs crimes contre l’Humanité » tels qu’ils sont définis par le tribunal de Nuremberg. Nous sommes ainsi en présence d’une loi qui n’interdit pas seulement de nier, mais simplement de contester un point du jugement. Notez que l’article 6 du statut du tribunal prévoyait trois autres catégories de crime : 1° contre la Paix, 2° de guerre et 3° l’élaboration ou l’exécution d’un plan concerté ou complot pour commettre l’un quelconque des crimes ci-dessus. Or la loi Gayssot ne les prend pas en compte. Pourquoi ? Au nom de quoi cette loi permet-elle implicitement la contestation de trois catégories de crime et interdit-elle explicitement la contestation des « crimes contre l’Humanité » ? On se trouve devant un passe-droit qui ne bénéficie qu’à une seule partie de la population incarnant en substance l’Humanité tout entière. Y a-t-il des souffrances exceptionnelles et d’autres dont on peut s’accommoder ?

2° Pourquoi demander son abrogation ?

Imaginez ce dialogue entre taulards : « T’es tombé pour quoi, toi ? – Moi j’ai buté ma femme et je l’ai découpée en rondelles. Et toi ? – Moi ? J’ai contesté ! – Oh la vache ! T’es pas sorti de zonzon, mon pote !» Le tribunal de Nuremberg était, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la juridiction militaire des vainqueurs jugeant les vaincus. Or, soixante-cinq ans après les événements, nous voici obligés, sous peine de prison ou de fortes amendes, de dire amen à une partie de ce que les militaires américains, anglais et les Soviétiques staliniens ont délibéré concernant leurs ennemis allemands qu’ils venaient de terrasser. Les vainqueurs, bien entendu, n’ont jamais été jugés par personne : « Hiroshima, mon amour ! »… Notez que l’article 19 du statut du tribunal de Nuremberg stipulait que celui-ci « ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l’administration des preuves ». Tout aussi incroyable, son article 21 : « Le tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique, mais les tiendra pour acquis ». Sur le principe, cette loi est une folie pure, puisqu’elle institue une seule et unique vérité d’État, de type orwellien. Remarquez que vous ne pouvez pas contester un tribunal militaire de 1945-46, mais que vous avez parfaitement le droit de nier l’existence du génocide indien, arménien, rwandais, congolais ou encore celle du commerce triangulaire.

3° Mais pourquoi lancer une pétition ? Vous croyez réellement à vos chances d’aboutir ?

Depuis que cette loi a été votée, de très nombreuses personnalités s’y sont opposées : Simone Veil, Hélène Carrère d’Encausse, Alain Peyrefitte, Henri Amouroux, Pierre Vidal-Naquet, François Furet, Maurice Allais, Michel Houellebecq, Philippe Muray, Jean Daniel, Vladimir Volkoff, Alain Robbe-Grillet, Philippe Bilger, Paul Ricoeur – et de centaines d’autres, y compris les présidents Chavez et Ahmadinejad. Le dernier en date, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, a déclaré que « rien ne permet, au regard de la Constitution, au législateur de s’ériger en tribunal de l’histoire. » Mais il n’y a jamais eu de projet protestataire d’envergure. Je ne suis pas naïf au point de croire qu’une pétition suffira à faire abroger cette loi. L’objectif que je me suis fixé est triple : 1° faire connaître aux Français qui l’ignorent l’existence de cette loi indigne ; 2° faire savoir qu’elle s’applique dans toute sa dureté, puisque Reynouard a été condamné à un an ferme pour avoir écrit une simple brochure de 16 pages contestant l’existence de l’Holocauste ; 3° commencer à exercer une pression sur les pouvoirs publics pour qu’ils comprennent que cette loi liberticide est insupportable dans un pays comme la France qui se targue d’être démocratique et se permet de donner des leçons de morale au monde entier, au point d’aller mener une guerre en Afghanistan pour y imposer ses « immortels principes » !

4° Vincent Reynouard se déclare national-socialiste et sédévacantiste (il ne croit pas à la légitimité du Pape). C’est l’un de vos amis ?

J’ai commencé à correspondre avec lui cet été, dès que j’ai su qu’il était emprisonné. Le scandale était tel à mes yeux qu’il fallait que je réagisse en tant qu’homme, citoyen et historien. Ses idées politiques et religieuses ne m’intéressent pas. Pendant dix ans, j’ai été président d’une association sceptique, le Cercle zététique, dont le but a été de mener des débats sur tous les sujets borderline en science et en histoire. Nous avons mené des expériences avec des types qui prétendaient posséder le pouvoir de faire sauter une voiture à distance par la seule force de leur pensée : voyez le genre ! Or, dans ce cas précis, la loi Gayssot m’interdit à moi, historien rationnel, de débattre ou de discuter publiquement avec Reynouard ou le professeur Faurisson. Chacun a le droit de dire pourquoi il n’est pas révisionniste, mais il ne peut exposer les arguments des révisionnistes avant de tenter de les réfuter ! C’est une méthode scientifiquement inacceptable, qui n’existe pour aucun autre sujet. J’insiste d’ailleurs pour dire que cette pétition n’est pas destinée à regrouper les révisionnistes et leurs amis, mais tous ceux qui pensent que chacun a le droit à la parole, si hétérodoxe soit-elle. Nous nous inscrivons dans une tradition typiquement voltairienne.

5° Vous avez clôturé votre pétition il y a trois semaines. Êtes-vous satisfait des résultats ?

Environ mille personnes, du monde entier, des États-Unis à l’Italie, l’ont signée. Même si le chiffre peut paraître bas comparé à l’opération BHL pour Sakineh, il est inespéré vu la terreur pavlovienne qui règne dès qu’on parle de la Shoah et l’absence quasi-totale de relais médiatiques dont nous disposons. Nous avons reçu le soutien de Noam Chomsky, qui nous a écrit qu’il considérait « la loi Gayssot comme complètement illégitime et en contradiction avec les principes d’une société libre, tels qu’ils ont été compris depuis les Lumières », ajoutant qu’il souhaitait ne pas voir cette loi appliquée dans le cas de Reynouard, comme dans tout autre cas d’ailleurs. Comme « signataires célèbres », je peux vous citer « the big Woz », Steve Wozniak, cofondateur d’Apple avec Steve Jobs, un monstre sacré pour les informaticiens du monde entier (« chacun sait que les livres sont écrits par les vainqueurs », nous a-t-il écrit), le fondateur de Reporters sans frontières Robert Ménard, le journaliste et écrivain Dominique Jamet, ancien président de l’établissement public de la Bibliothèque de France, Dieudonné, l’universitaire belge Jean Bricmont, le Père Michel Lelong ou encore Alain Soral que vous connaissez bien !

6° On a entendu dire que certains signataires s’étaient désistés. Que s’est-il passé ?

Il n’y a eu que deux défections, mais elles ont fait le « buzz » ce qui n’est pas plus mal compte tenu du mutisme général de la presse… 48 heures après la publication de la liste, Mgr Gaillot nous a ainsi demandé d’ôter son nom. Il n’a pas cherché à nier qu’il avait subi des pressions d’un certain nombre de groupes et s’est excusé auprès de nous, ce qui était assez courtois de sa part. Moins correcte en revanche a été l’attitude de Yann Moix, qui était mon ami depuis dix ans et avait même préfacé l’un de mes livres sur le judaïsme. Après avoir signé crânement, il a eu une subite crise de panique et s’est désisté sans m’en avertir en m’accusant de l’avoir fait tomber dans un piège ! Sur le site de La Règle du Jeu, la revue de son mentor BHL, ce ladre a déclaré qu’il ignorait que le nom de Faurisson apparaissait sur la pétition et qu’en conséquence il ne pouvait moralement y rester ! J’ai immédiatement réagi sur le blog du Clan des Vénitiens en prouvant qu’il mentait comme une brassière. Deux pigistes du Monde.fr, spécialisés dans la traque des extrémistes de droite, réels ou supposés, ont mené une enquête de leur côté et sont parvenus au même résultat en utilisant google-cache, la mémoire du moteur de recherche. Bref, Moix a été pris la main dans le pot à confiture et ça commence à se savoir. Son étoile a pâli et je crains qu’il se soit déconsidéré à tout jamais aux yeux de ses amis comme de ses adversaires. Celui qui part d’une pétition qu’il vient de signer perd sur tous les tableaux. Il passe pour un type qui n’assume pas ce que tout le monde sait à présent qu’il pense !

7° Avez-vous été déçu par l’absence de certains noms ?

L’heure n’est pas encore au bilan, puisque depuis que la pétition a été clôturée nous avons reçu une centaine de nouveaux signataires, ce qui nous a amené à poursuivre les enregistrements. Ceux qui n’ont pas gagné leur part de rédemption au grattage l’auront peut-être au tirage ! Et ceux qui parlent sans cesse de liberté d’expression sans la signer auront démontré une fois pour toutes qu’ils ne sont que des résistants de pacotille : cette pétition permet le tri sélectif ! Elle est également unique dans l’histoire. Il y a dix ans, elle était inimaginable tellement les esprits étaient sous pression. Aujourd’hui elle constitue une étape décisive dans le processus de reconquête de la liberté de parole, en prouvant que la peur a de moins en moins d’emprise sur les mentalités. Ce n’est qu’une goutte d’eau, sans doute, mais elle indique qu’il existe un chemin !

Pour signer la pétition, il suffit d’indiquer vos nom et prénom, ainsi que votre ville (et votre profession si vous le désirez) à cette adresse :

eugenie.blanrue@laposte.net

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Une réponse à “Entretien de Paul-Eric Blanrue à la revue Flash

  1. On va signer.
    Merci, Eugenie.

    Jesús

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